Bien qu'on ne puisse remonté aux origines de la naissance de ce mythe de façon précise, les auteurs grecs et romains les mentionnaient déjà bien avant l'époque qui nous intéresse, il a également marqué le Moyen-âge et la Renaissance en Europe.
Depuis St Augustin, la métamorphose est associée à une œuvre démoniaque.Considérés comme l'égal des magiciens et / ou sorciers, les loup-garous pendant toute la période inquisitoriale, ils subissaient donc le même sort : pendaison ou expiation par le feu selon les cas.
Ce qui m'intéresse particulièrement ici c'est la transcription de ce mythe dans deux lais de la fin du XII ème siècle. Le premier est intitulé le
lai du Bisclavaret, de Marie de France, et le second le
lai de Mélion.
J'aimerais faire apparaître une première opposition :
La vision actuelle du mythe place le loup-garou dans une bestialité symbole de puissance mais également dans une certaine fragilité puisque celui-ci subit les phases de la Lune et devient totalement bestial.
Les lais mentionnés plus haut nous montrent que la vision médiévale du mythe est tout autre. En effet, le personnage du bisclavaret comme Mélion disposent d'un objet pour réintégré le monde des Humains : ses habits pour Lanval, et un anneau magique pour Mélion.
En aucun cas leur transformation n'est l'élément pertubateur du lai...D'ailleurs, Marie de France fait preuve d'une grande complaisance avec son personnage qui prouve très bien combien la littérature est loin de la doctrine officielle. Elle présente ce personnage comme un vassal parfait sur tous les points, rejetant la faute sur sa femme incapable d'accepter sa différence. C'est d'ailleurs l'intrusion perfide de la femme infidèle qui dans les deux cas cause la perte de l'homme en subtilisant l'objet transitionnel.
Autre point de comparaison intéressant, là où pour nous contemporain le côté bestial du mythe favorise l'idée de la perte de moyens et de retenue de soi, les deux lais expriment totalement l'inverse.
En effet, si nos deux loups sont prisonniers de leur corps animal, ils s'en retournent tout deux vers un suzerain protecteur : le roi. Malgré leur forme, ils n'apparaissent pas du tout comme brutaux et savent très bien se faire adopter à la cour.
Ainsi, on peut dire que dans la littérature médiévale, le loup-garou est plus un personnage qui se situe à la frontière entre les deux mondes. Moitié dans l'Autre monde, moitié dans le monde des Humains.
C'est aussi un personnage révélateur de vérité, car la morale exige que l'homme floué par sa femme condamné a resté bête puisse retrouver forme humaine. Dans les deux cas, le loup parvient à confondre la femme adultère et son nouveau compagnon et à reprendre forme humaine.
On peut donc dire que le motif du loup-garou est plutôt un artifice du merveilleux prétexte à la discussion sur la moralité de la femme plutôt qu'un symbole en lui-même pour ce qui concerne ces deux textes. Toutefois, il illustre parfaitement ce passage mystique du monde à l'Autre monde, propre à la littérature celtique qui nous fait tant rêver.
Bref nous sommes très loin de notre image actuelle du mythe n'est-ce pas? Et bien loin également des préceptes de l'époque prônés par l'Eglise.
PS / pour les intéressés qui ont lu jusqu'au bout, vous avez un exemple de "bisclavaret" ou loup-garou illustré par mon avatar ... et merci de votre lecture attentive
