Par les exécutions de Jean Huss et Jérôme de Prague (voir post sur Jean Huss), l’Eglise pensait avoir réglé la question des hérésies. Mais en Bohême, les passions nationalistes se mêlant aux passions religieuses, les tensions s’accrurent entre catholiques et hussites et dégénérèrent en révolution.
Le premier épisode de la lutte fut
la (première) ‘défenestration de Prague’: le 30 juillet 1419, à l’Hôtel de Ville de la Nouvelle Ville, des radicaux hussites précipitèrent par les fenêtres des membres du Conseil Municipal.
Quelques jours plus tard, le roi Wenceslas IV mourait et rien ne put plus arrêter la révolution hussite, qui gagna tout le royaume de Bohême. C’était en fait un soulèvement des populations tchèques contre les populations allemandes qui peuplaient le royaume.
Au printemps de 1420, les Hussites formulèrent les
Quatre Articles de Prague, qui constituaient leur programme; il s’agissait de réformer l’Eglise et la société pour les rendre conformes aux lois divines:
1°: égalité des droits entre prêtres et laïcs pendant les offices religieux, ceci afin que tous puissent communier non seulement à l’hostie, mais aussi au calice (communion au Corps et au Sang du Christ ou communion sous les deux espèces)
2°: liberté de prêcher la Parole de Dieu
3°:confiscation des terres de l’Eglise et son exclusion de la sphère politique
4°: punition des péchés mortels empêchant les chrétiens de parvenir au salut.
Les hussites espéraient amener à ces principes non seulement les habitants de la Bohême, mais aussi l’ensemble des chrétiens.
Bien qu’ayant adopté les Quatre Articles, les hussites ne tardèrent pas à se diviser en multiples courants d’opinions, des plus modérés (noblesse tchèque et universitaires praguois) aux plus extrémistes (communauté de Tabor, en Bohême sud, où la vie devait être réglée uniquement selon les principes de la Bible).
Cinq croisades furent lancées contre les hussites, menées par la chevalerie allemande (de 1420 à 1431), mais en vain. Les Tchèques, menés par Jean Ziska, un chevalier borgne, puis par Procope le Rasé, dit aussi le Grand, chef des Taborites, un ancien prêtre, repoussèrent victorieusement les Croisés. Ziska avait inventé des
chariots de guerre, remparts de protection à la défensive, et véritables forteresses mobiles à l’offensive. En 1431, la dernière armée croisée se débanda rien qu’en entendant le roulement des ces chars de guerre.
Il ne restait plus qu’à
négocier. En 1433, une délégation hussite menée par Procope se rendit au Concile de Bâle pour discuter les Quatre Articles. Les discussions se prolongeant, les extrémistes virent leurs positions s’affaiblir en raison des difficultés économiques dues à la dévastation des terres, et les modérés finirent par s’allier aux catholiques, ce qui déboucha sur une dernière bataille (1434) où Procope trouva la mort.
Les négociations finales entre les hussites modérés, le pape et le concile, et l’empereur Sigismond, aboutirent en 1436 à des conventions (en latin
compacta) qui reconnaissaient aux Tchèques le droit de communier sous les deux espèces, avec le calice comme avec l’hostie. Ainsi prit fin la révolution hussite.
_________________
Mais où sont les neiges d'antan?