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 [NOUVELLE] A UN DEMON

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Ace
Chevalier de la Confrérie
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MessageSujet: [NOUVELLE] A UN DEMON   Ven 6 Oct 2006 - 20:09

A UN DEMON

J’étais seul, assis sur un banc, les yeux perdus dans les eaux noires du Mississippi. Les bras croisés, les poings serrés, les cheveux flottants dans cette cité Cajun, je songeais à ces dernières nuits maudites. Je n’étais plus qu’une ombre errante enchaînée à la nuit, qui cherche au cœur des ténèbres la lumière de l’oubli.
J’ai toujours aimé peindre. D’aussi loin que je me souvienne, un pinceau jouait toujours dans mes doigts, même lorsque je vivais à Paris, moi le petit Français émmigré aux Etats Unis. L’odeur de la peinture était ma Madeleine, me faisant revivre les moments de joie vécus dans l’atelier de ma mère. J’aimais les affiches simples et chaleureuses de Lautrec et tout autant les planches morbides et obscènes de Valéro. Ma vie se résumait en notes de couleurs, coups de pinceau, gouttes de térébenthine ou traits de fusain. Certaines de mes toiles se vendaient bien et mon nom prenait de la valeur dans les galeries de la Louisiane. Pourtant j’étais triste, neurasthénique, j’attendais encore l’illumination. Je cherchais dans mes toiles a imager la poêsie de Stan Rice, le trouble de Villon ou la passion des poêtes de la Pleïade chers à mon adolescence. Jusqu’à présent, je n’avais réalisé qu’un semblant de fresques, colorées ou morbides, que m’inspiraient mes auteurs préférés. Mes toiles plaisaient à l’Amérique décadente, mais pas à moi. Les beautés nues, couchées sur des lits de roses ou enlacées par de froids serpents ne faisaient rêver que cette bourgeoisie futile obsédée par la recherche d’une noblesse perdue lors de la conquête de Nouveau Monde.
Un soir d’hiver, après un tardif vernissage, où toute la faune snobinarde de La Nouvelle Orléans n’avait point tari d’éloge sur mon talent. Alors que je finissais de me saouler, seul dans mon atelier, il m’apparut: Vision venue d’un autre âge. Beau, élégant, portant jaquette, haut de forme, canne et gants. Ses yeux verts, encadrés par ses longs cheveux d’ébène, irradiaient telles deux émeraudes. Nous restâmes de longues secondes, peut-être une éternité à nous contempler. Ce qu’il m’offrit ce soir là était au delà de mes espérances: l’Ultime Inspiration.
J’entrevoyais la concrétisation de mon art dans l’Eternité. Voir la vie, la mort, comme jamais personne ne l’avait vue. Ouvrir mon esprit, communier avec la toile et la peinture et ce, pour l’Eternité. Il m’offrit le Don Ténébreux, je m’y enfonçais avec délectation et y sombrait avec la rage du repentir.
Je découvris bien vite que l’Eternité et le talent avaient un prix: j’avais vendu mon âme à un Démon.
De son regard illuminé, il m’invita dans son giron. Pour acquérir l’Eternité, il nous fallait communier, atteindre l’osmose. Il embrassa mon cou et je senti comme une déchirure, alors que ses canines obscènes perçaient ma chair jusqu’à la carotide. Il aspira mon fluide vital et je ressentis du plaisir. Une immense jouissance m’envahissait, alors que les battements de mon cœur diminuaient jusqu’à devenir murmure. Il fendit son poignet d’un lent coup d’ongles et le porta à mes lèvres. Alors que ma vie fuyait, je sentis la sienne envahir mes veines. Le sang coulait au plus profond de ma gorge, mon plaisir s’intensifiait crescendo, jusqu’à l’orgasme, tandis que mon cœur se remmetait a palpiter. Tout d’abord doucement, puis, de plus en plus vite. Le rythme de nos cœurs se mettait à battre à l’unisson, comme unis dans une même mélopée.
Je sentis mon corps mourir puis renaître à la chaleur de son sang. Cet instant m’avais paru durer une éternité. Mes yeux s’illuminèrent d’une nouvelle flamme, les couleurs des toiles alentours dansaient devant mon regard comme mille feux. Maintenant, à la façon de Rimbaud, je percevais enfin la beauté. Point de voyelles au multiples couleurs, mais des kyrielles de notes de peintures s’enchaînant les unes aux autres pour ne faire qu’un ensemble luminescent et troublant. Là où j’avais peint un sous-bois, j’y percevais à présent les microscopiques insectes. Je pouvais sentir le vent courir sur le faîte des arbres, les ombres dansaient les unes derrière les autres masquant les milles yeux de la vie sylvestre, je pouvais même entendre le cri du corbeau ou le feulement du lynx. Je sentais le parfum de la rose perlée de rosée. Touchant la toile, la peinture n’était plus une croûte en relief, rude au touché: je pouvais ressentir la force des monts et des vallées, le vertige d’une chute. Je me grisais de la vie qui transpirait de la toile, comme si celle-ci n’avait plus de prix. Tel Du Bellay je retrouvais enfin mon petit Liré.
Il m’entraîna au cœur de la nuit. Mes sens étaient plus aguerris. Chaque son me parvenait plus distinctement, me pénétrait, chaque lumière devenait un ravissement, chaque odeur un délice. Au fur et à mesure que mes sens exacerbés percevaient l’essence même de la nuit, je sentais monté en moi une soif étrange. Mon compagnon souriait, sentant ce désir pulser en moi, et m’entraîna dans les bas fonds de la Cité.
Une prostituée s’avança, le sourire aux lèvres et nous invita à maints délices pervers. Mon compagnon souriait toujours. Malgré son décolleté opulent et malgré la nudité de ses jambes, je n’avais d’yeux que pour sa gorge blanche et son artère, que je voyais pulser au travers de sa peau d’albâtre. Mon ami l’attira à lui et me présenta son cou offert. La gueuse n’y résista pas, comme si cette poupée était charmée par le plus hypnotique des serpents. Je sentis poindre en ma bouche mes deux canines qui, proéminentes, percèrent la chair de mes gencives. Comme mu par un instinct primaire, j’embrassais la bougresse, perçais sa carotide et absorbais son sang comme un nouveau né, avide, tête le sein de sa mère. Je vivais un instant de pur plaisir alors que la mort emportait la prostituée au fur et à mesure que sa vie s’écoulait pour étancher ma soif sauvage. Comme si cet acte cannibale faisait frissonner chacune de mes cellules. Au seuil de sa mort, mon mentor stoppa mon désir. Revenant à la réalité, je compris tout le cynisme de ma situation. Il lécha la plaie, qui se referma presque totalement, les yeux dans les yeux, hypnotisant la pauvre proie. Il lui ordonna d’une voie douce et autoritaire d’oublier cet instant, puis la laissa retourner à ses coupables occupations.
Tandis que matérialiste, il assurait notre couverture, j’étais pris d’un immense et neurasthénique malaise:
Pour vivre, j’avais besoin de l’essence vitale des hommes. Violer, blesser voir tuer pour renaître à ma coupable passion, j’avais vendu mon âme à un Démon.
A l’aube venue, mon mentor me laissa devant ma porte et s’en fut vers le soleil levant. Il ne se retourna pas, mais je sentais son sourire sardonique luire encore sur son visage de marbre. Une limousine noire stoppa à son côté. Il y grimpa et s’en alla dans l’aurore naissante.
Seul devant ma porte, je pris une cigarette et l’allumais, la flamme du briquet me causa un malaise étrange. La chaleur du feu faisait réagir en moi comme un sentiment de peur naissante, un instinct primal de protection: La flamme m’effrayait comme elle apeure l’animal sauvage. Tirant une bouffée, je pris conscience que je ne trouvais plus aucun goût à la fumée. C’est alors que me tournant vers l’astre luminescent, mon cœur faillit vaciller.
Alors que le soleil montait dans les cieux, je trouvais la chaleur suffocante. Au fil des secondes, je sentais mon corps s’échauffer, comme si j’étais allongé sur une plages ensoleillée des Caraïbes. La chaleur devenait intolérable, mes mains se mirent a fumer, alors que je suais des gouttes de sang. Je me réfugiais en mon appartement, la lumière des carreaux me brûlait les yeux. Comme mu par un instinct salvateur de préservation, je me réfugiais un plus profond d’un placard. Et alors que je m’endormais d’un sommeil lourd et hypnotique, je pris conscience que le feu et le soleil était mon seul prédateur.
Je ne devais vivre que la nuit enfoui au plus profond des ténèbres, j’avais vendu mon âme à un Démon.
Le lendemain soir alors que le soleil se couchait et que je m’éveillais à peine, il frappa à ma porte. Il était vêtu d’un long manteau rouge, rehaussé d’or, à la mode renaissance et pour tout salut, me gratifia de son sourire mesquin en me signifiant que les cercueils étaient plus efficace que les placards. Il savait. Il m’invita à me changer, a prendre un bain et a revêtir mon plus beau complet. Il voulait me présenter au monde de la nuit et à son Prince. Déconcerté, perdu comme un enfant, je n’étais plus qu’un jouet entre ses mains. J’avais vendu mon âme à un démon.
Il m’entraîna à bord de sa limousine et pris la direction du centre ville par Bourbon Street jusqu’au Vieux Carré. Là, devant une vieille maison coloniale, un homme à la mine patibulaire et à l’allure du parfait garde du corps d’un film de Quentin Tarantino nous ouvrit la porte principale sans une question. Il m’entraîna à travers les corridors déserts jusqu’au dernier étage de la maison où toute une faune d’êtres étranges nous attendait.
Ce rassemblement d’hommes et de femmes aux allures magnifiques et étranges me dévisageait comme on dévisage un enfant nouveau né présenté par ses parents à la famille. Tous m’offraient leurs sourires et leur regard attendri. Sur les murs de cette salle de réception, je découvris tous les tableaux que j’avais vendu ces dernières années. Certains des invités étaient occupés à les admirer et à leur donner un sens pictural et émotionnel que je n’avais jamais recherché. Leurs critiques allaient au delà de l’intelligence et chacun tentait de trouver la part de morbide, de tristesse ou de désespoir qu’étaient censées contenir mes toiles. L’un voyait dans un simple cours d’eau, la quintessence même du Fluide Vital. Un autre, expliquait que le peintre, averti, effectuait une métaphore fabuleuse entre une simple dague plantée au centre d’une rose pourpre et des crocs effilés planté au sein d’une beauté féminine.
J’avais l’impression d’être un esclave dont les qualités étaient exhibées et exagérées avant une vente. Enfermé dans la solitude de l’incompréhension, j’avais vendu mon âme à un démon.
Au cours de la soirée, chacun des invités dissertait de problèmes économiques, de litiges politiques, de manipulations à élaborer, le tout en dégustant un liquide pourpre dans des verres de cristal. Me servant à la fontaine de ce liquide, je compris qu’il s’agissait de sang, et ce dernier coulait à flots en vue de rassasier la foule bigarrée des convives. Chaque invités félicitait mielleusement son voisin sur sa dernière acquisition, tandis que dans son dos, il le raillait auprès d’un autre. J’entendis une belle jouvencelle, d’à peine vingt ans, vêtu de la dernière robe Lempika apporter ses chaudes félicitations à un homme d’âge mûr, vêtu d’un complet noir à la mode prohibition et d’un borsalino, sur le rachat d’une société informatique qu’il venait de réaliser et qui soit disant lui permettrait de s’assurer une belle réserve de sang. Quelques instants plus tard, je vis la même jeune fille, s’adresser à une autre demoiselle, tout aussi belle, expliquant que ce rachat n’avais pour but que de faire espionner certains vampires pour s’octroyer les faveurs du Prince.
Mon chaperon s’approcha en compagnie d’un homme vêtu d’un costume sombre Cherruti, et l’appelant Prince, lui indiqua que conformément à sa permission il m’avait étreint pour que mon talent rejoigne la Famille. Ce “Prince” m’accueilli d’un large sourire sardonique et leva sa coupe, en un geste lent, portant un toast avant de boire une large gorgée de sang. Je compris qu’il était le Patriarche d’une Famille macabre, attaché à lier autour de lui toute une caste de vampires voués à diriger le monde, dans le seul but d’asseoir leur survivance.
Je lu encore dans ses yeux que je n’étais qu’un jouet au creux de ses mains comme l’étaient toutes les créatures présentes à cette soirée, que je pouvais le satisfaire, ou, au contraire, être détruit.
Je devinais son âge avancé, son Eternité passée à créer la trame de son pouvoir, immiscent sa volonté dans toutes les hautes sphères politiques, sociales, culturelles ou économiques. Cela dans un unique but: uniformiser le monde à sa pensée, le diriger.
Hébété, son sourire résonnait dans mon esprit comme le glas d’une mort glacée. Nouveau jouet entre les mains d’un mégalomane expérimenté, j’avais vendu mon âme à un démon.
C’est ainsi qu’au bord de ce fleuve sombre, je noie mon regard dans les flots ténébreux de ma neurasthénie.
Je ne suis qu’une ombre errante enchaînée à la nuit, qui cherche au cœur des ténèbres la lumière de l’oubli.

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Percy
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MessageSujet: Re: [NOUVELLE] A UN DEMON   Ven 6 Oct 2006 - 20:18

oulala que c'est bien ecrit Shocked magnifique et captivant ^^
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Morgana
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MessageSujet: Re: [NOUVELLE] A UN DEMON   Sam 14 Oct 2006 - 14:19

Très beau texte messire Ace ! (désolée de ne pas l'avoir lu avant...)
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Godefroy de Bouillon
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MessageSujet: Re: [NOUVELLE] A UN DEMON   Jeu 19 Oct 2006 - 13:21

Messire Ace,

je vous tire mon Chapeau.....

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