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 Les maladies et épidémies du moyen age

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Rana
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MessageSujet: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 13:40

La peste Noire


La peste noire est une pandémie de peste bubonique qui a affecté toute l'Europe entre 1346 et 1350. Ce n'est ni la première ni la dernière épidémie de ce type, mais c'est la seule à porter ce nom. Par contre c'est la première épidémie de l'histoire à être bien décrite par les chroniqueurs contemporains.
On estime que la peste noire a provoqué la mort d'au moins un tiers de la population européenne, soit autour de 25 millions de victimes, et probablement le même nombre en Asie. La peste noire eut des conséquences durables sur la civilisation européenne, d'autant qu'après cette première vague, la maladie refait ensuite régulièrement son apparition dans les différents pays touchés (par exemple entre 1353 et 1355 en France, en 1360 et 1369 en Angleterre, etc.)
Le Moyen Âge est traversé par de nombreuses épidémies. La Peste de Justinien ravagea l'Empire romain d'Orient au VIe siècle et fut sûrement à l'origine du déficit démographique du Haut Moyen Âge en Europe. La lèpre y sévit aussi de façon chronique depuis l'Antiquité. D'autres épidémies plus ou moins virulentes et localisées mais souvent mal identifiées se déclenchèrent sporadiquement. Hormis peut-être le mal des ardents qui est dû à une intoxication alimentaire, la plupart de ces épidémies coïncident avec les disettes ou les famines qui affaiblissent les organismes.

Les origines


La peste bubonique sévissait de façon endémique en Asie centrale, et ce sont sûrement les guerres entre Mongols et Chinois qui déclenchèrent l'épidémie. Elle se déclare en 1334 dans la province chinoise du Hubei et se répand rapidement dans les provinces voisines (Jiangxi, Shanxi, Hunan, Guangdong, Guangxi, Henan et Suiyuan, une ancienne province disputée entre les empires mongol et chinois).
En 1346, les Tatars attaquent la ville portuaire de Caffa, comptoir commercial génois sur les bords de la mer Noire, en Crimée et établissent son siège. L'épidémie, ramenée d'Asie Centrale par les Mongols touche bientôt assiégeants et assiégés, car les Mongols catapultent leurs cadavres par dessus les murs pour infecter la ville.
Le siège est rompu après l'alliance géno-tartare et les bateaux quittant la ville transmettent la peste à tous les ports où ils s'arrêtent : la maladie atteint Messine (septembre 1347), Gênes et Marseille (décembre 1347). Venise est atteinte en juin 1348. En un an, tout le pourtour méditerranéen est atteint.
Dès lors, la peste ravage toute l'Europe du sud au nord, d'autant plus qu'elle rencontre un terrain favorable dans la population déjà affaiblie par des famines à répétition (dont la grande famine de 1315 à 1322), des épidémies (notamment de typhus) dues à un refroidissement climatique qui a débuté à la fin du XIIIe siècle, et les guerres (dont la guerre de Cent Ans, qui débute en 1336).

Sa diffusion


La peste noire se répand comme une vague, et ne s'établit pas durablement aux endroits touchés. Le taux de mortalité moyen d'environ 30 % de la population totale (et de 60 à 100 % de la population infestée) est tel que les plus faibles sont vite tués, et le fléau ne dure en moyenne que six à neuf mois.
Depuis Marseille (novembre 1347), elle gagne rapidement Avignon (mars 1348), alors cité papale et carrefour du monde chrétien, ce qui lui donne une formidable plateforme de diffusion. Elle atteint Paris en juin 1348, et en décembre 1348, toute l'Europe méridionale de la Grèce au sud de l'Angleterre est touchée. En décembre 1349, la peste a traversé presque toute l'Allemagne, le Danemark, l'Angleterre, le Pays de Galles, une bonne partie de l'Irlande et de l'Écosse. Elle continue ensuite sa progression vers l'est et vers le nord dévastant la Scandinavie en 1350, puis se perd dans les vastes plaines inhabitées de Russie en 1351.
On note que cette progression n'est pas homogène. Les régions ne sont pas toutes touchées de la même façon et des villages et même certaines villes sont épargnés comme Bruges, Milan et Nuremberg au prix de mesures d'exclusion drastiques, et il en est de même pour le Béarn et la Pologne.
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Rana
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 13:52

Les conséquences de la peste noire


La peste cause d'importants troubles sociaux, économiques et religieux :
-des groupes de flagellants se forment et tentent d'expier leurs péchés avant l'Apocalypse, car ils pensent que la peste n'est qu'un signe annonciateur ;
-les juifs, les gitans, « gens du voyage » et une autre population généralement connue sous le nom de cagots, rendus coupables par la population qui pense qu'ils empoisonnent les puits, sont persécutés malgré la protection du pape Clément VI ;
-les villes se désertifient les unes après les autres, la médecine de l'époque n'ayant ni les connaissances ni les capacités de juguler les épidémies ;
-la main d'œuvre vient à manquer et son coût augmente, en particulier dans l'agriculture. De nombreux villages sont abandonnées, des terres retombent en friches et la forêt se développe ;
-Les revenus fonciers s’effondrent, suite à la baisse du taux des redevances et à la hausse des salaires.

La peste marque également les arts : voir en particulier les danses macabres

Bilan humain


Les sources documentaires sont assez éparses et couvrent généralement une période plus longue, mais elles permettent une approximation assez fiable. Les historiens s'entendent pour estimer la proportion de morts entre 30 % et 50 % de la population européenne. Les villes sont plus durement touchées que les campagnes du fait de la concentration de la population, mais aussi des disettes et difficultés d'approvisionnement que la peste provoqua. Il semble qu'en Europe, la tendance était à la baisse depuis le début du XIVe siècle, du fait des famines et de la surpopulation. Cette décroissance dura jusqu'au début du XVe siècle, amplifiée par le bilan de la peste.
En France, entre 1340 et 1440, la population est passée de 17 à 10 millions d'habitants soit 42 % de moins. Le registre paroissial de Givry (Yonne), un parmi les plus précis, montre que sur environ 1 500 habitants, 649 enterrements eurent lieu en 1348, dont 630 de juin à septembre, pour une paroisse qui en comptait environ 40 par an habituellement, soit un taux de mortalité de 40,6 %.
En Italie, Il est communément admis par les historiens que la peste a tué au moins la moitié des habitants. Seule Milan semble avoir été épargnée, quoique les sources soient peu nombreuses et imprécises à ce sujet. Les sources contemporaines citent des taux de mortalité effrayants : huit sur dix à Majorque, autant à Florence, trois sur quatre à Venise, etc.
En Espagne, la peste a pu décimer de 30 à 60% de la population, en particulier celle de l’Aragon (neuf vagues entre 1348 et 1401).
En Autriche, on compte 40 000 victimes à Vienne et 25 à 35% de la population est décimée.
C'est l'Angleterre qui nous a laissé le plus de sources, ce qui paradoxalement rend l'estimation du taux de mortalité plus ardue, les historiens basant leurs calculs sur des documents différents. Les chiffres avancés vont ainsi de 20 % à 50 %. Cependant, les estimations de population entre 1300 et 1450 montrent une diminution située dans une fourchette de 45 % à 70 %. Même si là encore la baisse de population était une tendance avant l'arrivée de la peste, ces estimations rendent le bas de la fourchette (20 %) peu crédible, d'autant plus que ce taux se base sur des documents concernant des propriétaires terriens laïcs qui ne sont pas représentatifs de la population essentiellement paysanne et affaiblie par les disettes.

On estime aussi que la population citadine d'Allemagne a diminué de moitié. Hambourg aurait perdu 66% de sa population, Brême 70%, la Pomérélie 42%.

Les émeutes antisémites


Dès 1348, la peste provoque des émeutes antisémites en Provence. La synagogue de Saint-Rémy-de-Provence est incendiée (elle sera reconstruite hors de la ville en 1352). Des Juifs sont brûlés à Serres, en Dauphiné, d'autres massacrés en Navarre et en Castille. Le 13 mai 1348, le quartier juif de Barcelone est pillé.
Les Ashkénazes d’Allemagne sont victimes de pogroms. En septembre 1348, les Juifs de la région de Chillon, sur le lac Léman en Suisse, sont torturés jusqu’à ce qu’ils avouent avoir empoisonné les puits. Leurs confessions provoquent la fureur de la populace qui se livre à des massacres et à des expulsions. Trois cents communautés sont détruites ou expulsées. Six mille Juifs sont tués à Mayence, deux mille sont brûlés à Strasbourg. De nombreux Juifs fuient vers l’est, en Pologne et Lituanie.
900 juifs sont brûlés à Strasbourg le 14 février 1349, d'autres sont jetés dans la Vienne à Chinon. En Autriche, Le peuple, pris de panique, s’en prend aux communautés juives soupçonnées d’avoir diffusé l’épidémie et Albert II d'Autriche doit intervenir pour protéger ses sujets Juifs.

Traitements contre la peste noire


La médecine du XIVe siècle est bien impuissante face à la peste qui se répand, les médecins débordés ne savent que faire devant cette maladie qui les atteint autant que leurs patients. Néanmoins, quelques conseils, vains, sont donnés :
-brûler des troncs de choux et des pelures de coing
-allumer des feux de bois odoriférants dans les chaumières
-faire bouillir l'eau et rôtir les viandes
-prendre des bains chauds
-pratiquer l'abstinence sexuelle
-pratiquer de nombreuses saignée
-administrer des émétiques et des laxatifs, l'effet obtenu étant l'affaiblissement des malades qui meurent plus rapidement
-organiser des processions religieuses solennelles pour éloigner les démons

http://fr.wikipedia.org/wiki/Peste_noire
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Fée Viviane
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 14:21

à propos de la partie antisémite, antisémitisme, je vois une chose, on en a toujours voulu aux juifs en fait?
la ils diffusaient une grave maladie (enfin soi disant, bien sur), en 39 ils étaient trop riches...la peur du juif remonte donc à loin!
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Rana
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 14:40

La lèpre


l semble bien, en dépit des opinions contraires, qu'il y eut des lépreux dans l'occident de l'Europe au moins depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne (haut Moyen Âge). Il en est question dans les oeuvres des pères de l'Église latine, dans les plus anciennes légendes pieuses, dans les canons des plus anciens conciles et dans les capitulaires des rois francs. Ils paraissent être devenus plus nombreux en France à partir du VIIIe siècle, au contact des populations venues de l'Est de la Méditerranée, où elle a été apportée d'Inde dès l'Antiquité, par les Perses (Les Guerres médiques), puis par les armées d'Alexandre. On rendra ainsi longtemps responsable la diaspora juive, déjà victime de tant d'amalgames, d'avoir apporté ce fléau, mais on peut certainement y ajouter l'effet des invasions sarrasines, et surtout, à partir du XIe siècle surtout les croisades : ce fut depuis lors seulement que la redoutable maladie commença véritablement à envahir toute l'Europe et que les lépreux, sous le nom de mézeaux, ladres, malades, devinrent tellement nombreux qu'ils constituèrent en quelque sorte une classe de la société et furent soumis à une condition particulière.
Souvent confondue avec d'autres maladies de peau, la lèpre a été perçu diversement au cours du temps. A la compassion que l'on a eu d'abord pour les lépreux a succédé l'ostracisme, et parfois les persécutions. Lors des grandes épidémies de pestes, on cherchait souvent un bouc-émissaire chez les lépreux et les juifs, que la croyance populaire voulait forcément unis dans une même culpabilité. Quoi qu'il en soit, la plupart du temps, on isolait les lépreux, on les enfermait dans des hospices spécialisés, appelées léproseries, pour les soigner, pour les cacher, pour s'en préserver. De même qu'un inextricable chaos a régné au Moyen âge, sur le sens véritable que l'on devait donner au mot lèpre, une grande confusion a existé aussi pour les léproseries. Le nom de léproserie, a été donné aux maisons chargés de recevoir les lépreux véritables, mais aussi avec eux, tous les malades porteurs de vieux ulcères, de gales invétérées et même de syphilis.

Un phénomène de société


Plus de deux cents ans avant les croisades, plusieurs maisons avaient été fondées pour recevoir toutes espèces de maladies réputées contagieuses, mais particulièrement des lépreux et même, dans la suite, des pauvres, des mendiants. Jusqu'au temps de la première croisade, l'Église ne s'était guère occupée des lépreux (et des autres malades qu'on leur assimilait) que pour les recommander à la charité et à la pitié publique, pour imposer aux évêques la charge de veiller sur eux, de les nourrir et de les vêtir; la législation civile n'avait édicté que de rares et vagues prescriptions pour les isoler. Il n'en est pas moins vrai que longtemps les lépreux, qui appartenaient alors à toutes les conditions sociales, continuèrent à vivre dans le monde. Mais après la première croisade, au commencement du XIIe siècle, le nombre des lépreux augmenta et devint un vrai phénomène social. De nombreux malades revinrent d'Orient affectés de maladies causées par la misère, les privations, le climat, etc., particulièrement la lèpre et l'éléphantiasis; il fallut créer de nouvelles maisons pour les recevoir, et bientôt leur nombre allait devenir considérable.
La maladie touchait même les plus puissants. Le roi Baudouin IV mourut lépreux en 1185 sur le trône de Jérusalem, bien que les extrémités de ses membres tombassent en putréfaction; le comte Raoul de Vermandois, au XIIe siècle, Robert Bruce au siècle suivant, vécurent et moururent lépreux sans avoir été jamais déchus de leur dignité. Les chartes prouvent qu'il fut longtemps loisible aux lépreux d'hériter, d'acquérir; d'ester en justice, de se marier, d'exercer le commerce et même celui des denrées alimentaires. Nombre de textes littéraires se joignent aux documents diplomatiques pour témoigner que, jusqu'au XIIIe siècle inclusivement, la terrible maladie, « ki n'espargne ne roi ne conte », inspira surtout des sentiments de charité, de compassion et de pieuse sollicitude. En 1119 fut créé à Jérusalem l'ordre hospitalier et militaire de Saint Lazare, dont les membres recrutés exclusivement d'abord parmi les gentilshommes lépreux se consacrèrent au soin des ladres et à la défense de la Terre sainte : ils vécurent aussi librement que les chevaliers du Temple ou de l'Hôpital, et plusieurs d'entre eux, attachés en Orient à la personne de saint Louis, l'accompagnèrent en France à son retour.
Des chevaliers non lépreux entrèrent à leur tour dans l'ordre et partagèrent la vie de leurs confrères atteints de la maladie. Cependant le fléau ne cessait de faire des progrès effrayants; surtout dans les milieux urbains, dans les classes pauvres, parmi les déshérités, les mendiants, les vagabonds, les nomades si nombreux au Moyen âge. La nécessité de préserver de la contagion en isolant les lépreux se fit sentir de plus en plus : asiles, hôpitaux spéciaux se fondèrent en grand nombre dans toute l'Europe sous le nom de léproseries, ladreries, maladreries, maladières, misellaria, mézelleries, lazarets, etc. On évalue leur nombre à plus de 20 000 en Europe, 2000 ou environ pour la France. Là ou il n'y avait pas de léproserie, le lépreux avéré fut contraint d'habiter loin des habitations, le long d'un chemin, une borde, c -à-d. une cabane, une espèce de hutte isolée.

La criminalisation d'une maladie


La crainte de la contagion triompha bientôt des sentiments de pitié qu'avaient d'abord inspiré les pauvres malades. La charité se contenta de multiplier et de doter partout des léproseries, mais les malades devinrent un objet d'horreur, de dégoût et de haine. Les léproseries furent des asiles, plutôt que des hôpitaux; sauf exceptions, les malades y furent parqués plutôt que soignés; beaucoup d'entre elles se composèrent, outre une chapelle, d'un assemblage de cabanes ou chaque lépreux habitait individuellement. L'Église institua des cérémonies pour séparer les lépreux du monde, et beaucoup de coutumes les considérèrent comme morts civilement. Tout individu suspect fut soumis à l'épreuve, dévolue presque partout à l'autorité ecclésiastique. Un certain nombre désignés: l'anesthésie locale, la nature de l'urine, l'aspect léonin de la face, le son de la voix, l'aspect des poils arrachés à la tête, devaient déceler à un praticien expert les premiers symptômes de la maladie : déclaré lépreux, le malheureux était condamné par sentence de l'official à la séquestration.
Une effrayante cérémonie suivait la sentence. Nombre d'anciens livres ecclésiastiques en ont conservé le rituel qui ne variait guère d'un diocèse à l'autre; c'était, après une brève exhortation du prêtre à se montrer résigné à la volonté de Dieu, une messe funèbre; à genoux sous un drap mortuaire le lépreux assistait vivant à ses obsèques, après lesquels il était conduit processionnellement à la maladrerie ou dans la borde qui devait être son dernier asile. Là, nouvelle cérémonie : agenouillé, le lépreux recevait sur la tête une pelletée de terre en même temps que le prêtre lui déclarait qu'il était mort au monde. On lui donnait une robe de ladre de couleur particulière pour qu'on pût le distinguer à première vue, des sandales, une cliquette ou crécelle dont le bruit devait faire fuir ceux qui se trouveraient sur son chemin, des gants sans lesquels il lui était défendu de toucher à rien, un barillet, une écuelle de bois et une panetière; on lui lisait les prescriptions relatives aux lépreux défense d'entrer dans une église, un couvent, un moulin, une taverne; défense d'aller dans une foire ou dans un marché; défense de sortir déchaussé et sans habit de ladre et sans faire entendre sa cliquette tous les cinq ou six pas; défense de se laver ou de boire ailleurs qu'à son puits et avec son écuelle; défense de toucher à quelque chose avant de l'avoir achetée; défense d'acheter du vin autrement qu'en le faisant verser dans son barillet; défense de parler à quelqu'un sans se mettre sous le vent; défense de circuler dans les ruelles et les chemins étroits; défense de boire et de manger en compagnie sinon d'autres lépreux et autrement qu'avec son écuelle. Après quoi on l'abandonnait.
Si beaucoup de maladreries étaient dotées de façon à fournir aux hospitalisés la nourriture et même quelques soins, si quelques-unes d'entre elles étaient en quelque sorte des établissements aristocratiques réservés à qui pouvait y payer largement son séjour, il semble bien que dans la plupart les malades ne trouvaient, avec un asile, que les objets indiqués ci-dessus, un misérable mobilier et des secours religieux. Pour le reste, ils devaient s'adresser à la charité publique, mendier leur nourriture, ou la menue monnaie qui pouvait leur permettre de se la procurer. C'était le cas particulièrement de ceux qui étaient établis dans des bordes isolées. Nombre de coutumes admirent que le lépreux ainsi séparé du monde était mort civilement; que son mariage était rompu (et l'Église malgré quelques protestations admit souvent cette doctrine), que ses héritiers devaient entrer en possession de ses biens.
Des légendes populaires se formèrent, de terribles accusations pesèrent sur eux. C'était, dès le XIIe siècle, une croyance universelle (on la trouve mentionnée dans des oeuvres littéraires et dans des vies de saints) que la lèpre pouvait être guérie par un bain de sang humain. Une pareille croyance donne à croire que les crimes dont les lépreux furent accusés ne furent pas tous imaginaires. Enlever les enfants pour les égorger, empoisonner les fontaines, se livrer aux pratiques de la sorcellerie, entretenir commerce avec le démon, telles furent les accusations que subit la caste maudite des lépreux. En temps d'épidémie surtout, elles se réveillèrent terribles, excitèrent contre eux l'opinion publique et déchaînèrent contre eux d'abominables persécutions. En 1321 notamment, il en périt un grand nombre, victimes de la fureur populaire, et à plusieurs reprises l'autorité législative édicta en France contre eux de nouvelles mesures de rigueur (ordonnances du 18 août 1324, de février 1371, du 3 juin 1404, du 7 mars 1407, du 25 mai 1413, etc.).Cependant, d'une part, les progrès de l'hygiène restreignaient sensiblement, dès la XIVe siècle, le nombre des cas de lèpre dans la classe aisée, et, d'autre part, dès le siècle suivant, l'isolement rigoureux des malades, ainsi que les persécutions et l'horreur dont ils étaient l'objet, produisaient une diminution sensible de cette classe de malheureux. Enfin, le nombre croissant et l'amélioration des léproseries, les libéralités dont elles étaient l'objet, les dotations dont elles jouissaient et l'attrait de la vie oisive qu'on y menait eurent cette conséquence singulière que nombre de misérables, de vagabonds, de mendiants essayèrent de se faire passer pour lépreux afin d'y être admis, et qu'il fallut dépister les faux ladres avec tout le soin qu'on avait mis autrefois à rechercher les véritables. Au milieu du XVIe siècle, le fléau pouvait être considéré comme vaincu en Europe.

http://www.cosmovisions.com/ChronoLepreuxMA.htm
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 14:47

On a l'impression que les hommes cherchent sans cesse un bouc émissaire, que ce soit les juifs, les homosexuels, les gens du voyage, ou les musulmans de nos jours, l'homme aura toujours peur des différences ce qui est dommage car elles nous enrichissent et nous permettent de découvrir des trésors insoupçonnés.

Je pense que l'antisémtisme remonte au tout début du christiannisme avec la cruxification de Jesus, cependant c'est tout à fait idiot sachant que Jesus était juif enfin on ne comprendra jamais les idiots, mais cette intolérance de toutes les différences m'énervent. Les grons sont partout et de tous temps.

Mad Mad Mad
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 15:27

Merci pour toutes ces infos Rana, que ça soit sur ce sujet ou sur les autres Smile
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 15:30

lol je mets trop de sujets d'un coup c'est sa mdr Very Happy Mr.Red

oui suis super efficace dans le moment, faut dire aussi que je n'ai pas cours ^^
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 15:57

Non, mais ils sont long à lire Mr. Green , mais tu poste plein d'infos c'est très sympa Wink
chanceuse.... (pour les cours)
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 18 Jan 2007 - 16:27

lol vi eu c'est vrai mes posts sont un peu longs Embarassed Embarassed désolée
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tahliana
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Ven 19 Jan 2007 - 18:57

Parfois je me dis qu'il est bon de vivre à notre époque ... ^^
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Ven 19 Jan 2007 - 18:59

je sais pas...mais je sais pas s'il n'ai jamais existé une "meilleure" époque pour vivre...une sans aucunes guerres, une sans famines, sans épidémies...une utopie? je sais pas...
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Ven 19 Jan 2007 - 19:04

Pour ma part, je ne pense pas qu'il existera de meilleure epoque... Dans le cas contraire je pense que oui ça serait une utopie. Puis de toute façon la guerre existera toujours... les maladies quand il y en a plus il y en a encore ^^ ... Bon je veux pas gâcher le morale de tout le monde alors je m'arrete la Mr.Red
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Ven 19 Jan 2007 - 19:06

Vous etes simplement réaliste gente dame...ça fait pas de mal de temps en temps d'arreter de rever...la réponse est dans la phrase! rambo
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Mer 20 Juil 2011 - 19:08

Rana a écrit:
On a l'impression que les hommes cherchent sans cesse un bouc émissaire, que ce soit les juifs, les homosexuels, les gens du voyage, ou les musulmans de nos jours, l'homme aura toujours peur des différences ce qui est dommage car elles nous enrichissent et nous permettent de découvrir des trésors insoupçonnés.


je suis tout à fait d'accord avec toi! Je trouve ça réellement dommage que les gens ne sont pas toujours ouvert aux différence (que se sois l'origine de la personne, sa couleur de peau ou même son nom! et je vous le jure, j'ai déjà vu ça!) plus on est ouvert, plus on en apprend sur la culture de tous et alors notre connaissance ne connaîtra aucune limite! (ces se que mes parents disent Wink ) Smile et Dame Rana je trouve que votre texte est parfait! Smile
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Jeu 21 Juil 2011 - 22:51

Bravo Rana pour ce très complet article sur les maladies!

Quand on pense qu'une simple piqûre de puce est à l'origine de tout ceci, avec le concours des rats!!! C'est seulement au XIX eme siècle que le bacille sera découvert par Alexandre Yersin ... en Asie (Indochine). La boucle est ainsi bouclée.

La Peste Noire aura encore des répercutions plus locales mais toutes aussi meurtrières jusqu'au XVIII e siècle : le dernier cas en France c'est Marseille en 1720 et d'après les témoignages de l'époque, le Siècle des Lumières n'a rien a envier au XIV eme siècle quant au comportement de la population contaminée par la Peur...
Cette maladie cependant n'était pas uniquement sous sa forme bubonique mais existait également sous la forme pulmonaire qui n'épargnait encore moins la victime ainsi contaminée, ne lui laissant aucune chance de survie. C'est certainement cette forme là qui était la plus meurtrière et la plus expéditive, celle où " un homme bien portant le matin mourrait le soir".

L'iconographie macabre qui trouve son fondement dans le Dit des 3 Morts et des Trois Vifs (danses macabres, triomphe de la mort, transis de la sculpture funéraire...) a été en effet l'une des conséquences mais elle n'a pas le même impact selon les pays.
En Italie, par exemple, les danses macabres ont été pratiquement inexistantes. Il faut dire lorsqu'on lit Boccace et son Décameron, la peste de 1348 à Florence n'est , en conclusion, pas perçue comme une calamité divine ou une punition de Dieu mais le moyen pour l'être humain de surmonter les épreuves. En effet, Bocacce ne se préoccupe pas vraiment de l'aspect religieux en définitive mais de la capacité de l'être humain -et ce quelque soit son statut et son sexe- à s'adapter aux aléas de la vie et d'en abattre les obstacles. L'Homme au centre des préoccupations et non plus Dieu: on est déjà dans la Renaissance au XIV eme siècle au delà des Alpes: nous sommes déjà aux prémisses du fameux Quattrocento italien...

Renaissance qui va largement effacer à coup de badigeon blanc ces représentations macabres. Valable en France mais pas en Allemagne qui va continuer à en peindre jusqu'au XVIII eme siècle.

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mybloody
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MessageSujet: Re: Les maladies et épidémies du moyen age   Ven 26 Oct 2012 - 16:20

Tout à fait Rana ! Je suis d'accord avec toi. On a toujours besoin de coupable, soit pour cacher certaines vérité, soit faire croire certains mensonges.
Sans rentrer dans un débat sans fin, on a souvent l'impression que l'antissémitisme est une chose pour grave et méprisable que le racisme. C'est ridicule, il n'en est juste qu'une composante. J'avais entendu un jour un politicien dire "le jour ou il n'y aura plus d'antissémites, on pourra dire qu qu'on a vaincu le racisme"
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Les maladies et épidémies du moyen age

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